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January 11 Petit Moussa
J'ai très chaud ... J'ai marché comme tous les matins , quelques kilomètres qui me semblent de moins en moins longs, il est vrai ...
Parce que je m'habitue à faire avec mes gambettes plutôt qu'avec les pneus d'une voiture ... depuis que je suis ici.
Parce que je n'ai pas le choix aussi ...
Et puis le paysage est tellement beau ... C'est un régal ! Et au hasard des sentiers , je fais de jolies rencontres, surtout le matin de bonne heure.
Je travaille depuis quelques jours au dispensaire de santé d'un petit village de brousse, en Casamance, au Sénégal.
" Safoul ... Kassoumaye ..."
Je salue tout le monde et je retrouve ces visages souriants qui me deviennent si familiers ...
Ma blouse enfilée à la hâte sur mon pagne et déjà je m'inquiète de la présence de ce petit garçon assis et qui me regarde avec de si grands yeux ... Ibrahima , l'infirmier m'explique qu'il est arrivé à pieds d'un village voisin, accompagné de sa mère qui me parait bien occupée avec son petit dernier qu'elle allaite.
" Ibrahima ? Combien de kilomètres le village ? "
" 4 kms environ ... "
Il est haut comme trois calebasses ce vaillant " guerrier de la savane " ... J'enchaine :
" Et il a quel âge ? "
" Environ 5 ans ... "
Je m'approche de lui ...
" Karécibou ? " Il parait étonné que je m'adresse à lui dans son dialecte pour lui demander son nom.
" Moussa ..." Si timidement répondu ...
" Warié ? " ( tu es malade ? )
Il fait signe que oui et me montre sa tête.
" Foukof ? Warié foukof ? " ( Tu as mal à la tête ? )
Il me parait épuisé. Je m'agenouille devant lui et le regarde dans les yeux ... intensément. Il a les yeux qui brillent ... Je lui tâte le front. Il est brûlant. Je prends le thermomètre et lui pose délicatement sous le bras ... Au bout de quelques secondes : 40,6 ° !!!
C'est une erreur ! Pas possible ...
Il n'a pas parcouru toute cette distance avec autant de fièvre ... Pas possible.
Avait il le choix ? Non de toute façon ... Aucun véhicule à des kilomètres à la ronde.
Aucune lamentation, aucun soupir, aucun pleur ... si ce n'est cette grande fatigue lisible dans le fond de ses yeux. Après quelques questions à la maman, le dignostic est posé.
Vite ... Il faut agir vite.
Le paludisme fait des ravages chez les jeunes enfants. Je prends sur moi pour ne pas montrer mon inquiétude. Ce flot d'émotions qui me bouleversent à chaque fois que je suis confrontée à ce genre de situations.
Puis doucement , je le prends par la main :
" Djoï, Moussa, Djoï ... " (viens avec moi )
Il est le quatrième enfant de la famille à faire une crise de palu ce mois ci ... et je crains que la facture de médicaments cette fois ci ne soit pas présentable ... Une perfusion d'urgence revient à 1800cfa (2,74 Euros ) quand on sait que le papa gagne avec difficulté 10000CFA (15 Euros ) par mois ... Je fais signe de laisser tomber les formalités pécunières ... Il faut payer avant d'avoir les soins ... Aminata a t elle suffisament d'argent dans les replis de sa ceinture de pagne ? Discrètement je sors un billet de ma poche pour mettre fin à tout ceci car j'ai la nette impression que ça va palabrer encore quelques instants, comme à chaque fois, et pendant ce temps Moussa s'épuise sur sa chaise ...
" Djoi, Moussa ..." Il me suit . Je l'installe sur le lit dans la salle de soin et prépare le matériel ... Je le sens tout tendu, inquiet. Il regarde curieusement tout ce que je fais.
" Ndiak moukouli ? " (tu as peur ? ) Il ne me répond pas mais me regarde avec insistance ...
" Bébaram moumelam Moussa ..." (Il faut que tu boives de l'eau Moussa ... )
" Léti boukeni Moussa " (Je ne vais pas te faire de mal )
Moussa sera remis sur pieds ... en fin de journée. Pour repartir plus vaillant encore sur les chemins de la brousse ... Il aura , demain, beaucoup de choses à raconter à ses copains du village ... Il n'a pas pleuré lorsque l'épine d'acier lui a mordu le bras ! Il a juste serré ses petits poings, en silence. Car, on ne pleure pas chez les Diolas ... même quand on est haut comme trois calebasses.
Au Sénégal, il n'y a pas de système de sécurité sociale .
Tous les soins , médicaments, analyses , sont payants ...
La vie d'un enfant dépend parfois de 2,74 euros ...
Tellement moins que trois hauteurs de Calebasses !!!
J'en suis encore bouleversée .
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