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En CASAMANCE au SENEGALChemins de rencontres March 03 .L'Afrique Noire où j'ai passé quelques années de mon enfance m'a bercée comme un utérus.
Je gardais toujours en mémoire, comme des séquelles de voyage utérin, la vision de ces hanches qui basculent au rythme des chants , les odeurs d'épices fortes qui réveillent les papilles, la douceur de ces fruits sucrés croqués au hasard des chemins, la poussière qui se soulèvent quand l'armattan souffle, la chaleur qui rend nonchalant ...
Une joie de vivre malgrès les difficultés quotidiennes.
J'y avais fait l'apprentissage de l'amour de l'autre sans différences ...
J'y avais ouvert grands mes yeux pour apprendre qu'un coeur bat de la même façon dans une poitrine qu'elle soit noire ou blanche !
Et puis ... récemment je suis allée au Sénégal...
De la Casamance, qui bat au son des peaux de chèvre tendues sur des tamtams , je garde dans mon coeur, les sourires francs d'hospitalité princières.
Princières parce que sans artifices, ni parade, mais si riches de partage et de noblesse de coeur.
La Casamance bat pourtant aussi au son des estomacs qui crient famine .
K'est ce qui toute petite, sans jambe, fait plusieurs fois par jour le tour du monde ?
la Vache qui rit
Ce sont plus de 10 millions de portions qui sont englouties chaque jour... dans 90 pays différents.
L'équivalent de 500 fois la hauteur de la Tour Eiffel ...
Je sais ... ça ressemble bien à de la Pub gratuite ... même que je suis plus qu'idiote car pas actionnaire ...
Mais ...
Il y a une logique à mon propos ... car tout à fait idiote .... Moi ? ...
J'en RIS aussi !
Si vous saviez comme je l'ai trouvée merveilleuse pendant mes cinq semaines passées dans un village de brousse ... au sud du Sénégal.
Et c'est bien pour ça que j'ai envie de lui rendre hommage ....
Quand y'en avait à la petite épicerie de Yoro, c'était la fête !
Et même que souvent, il n'y avait qu'une seule boite pour tout le village.
Yoro tirait la ficelle, ouvrait délicatement la boite et vendait les triangles à la portion .
De toute façon, il n'y avait aucun autre produit laitier .
Rien.
Savez vous ce que c'est que RIEN ?
Avoir envie de ... et ... RIEN !
Parce que si on a pas envie et qu'il n'y a rien, ça fait rien...
Mais l'inverse !
Même que ... même que ... souvent ... y'avait pas de pain non plus pour l'accompagner ...
Mais ... Quel régal !
Ce serait tellement long de tout vous expliquer ...
Pour l'anecdote ...
Au Sénégal, les fromagers sont de grands arbres majestueux ... parfois plus grands que les baobabs ...
Oussoumane, 8 ans, en savourant sa crème triangulaire comme un roudoudou :
" Dis, Mam, ils poussent dans les fromagers, en France, tes petits fromages ? On apprend à l'école que les pommes poussent dans les pommiers, les oranges dans les orangers ..."
" Non, Oussoumane, ces petits fromages sont faits avec le lait des vaches qui mangent l'herbe verte qui pousse dans les prés en France ... Et souvent sous les pommiers ... elles se régalent des pommes tombées de l'arbre. Oussoumane, c'est pour cela qu'on l'appelle la Vache qui rit car elle est heureuse de savoir que son bon lait régalera des petits garnements comme toi, à l'autre bout de la Terre ... "
Tout ça, juste pour vous dire qu'elle est magique parce qu'adaptée à être distribuée dans les coins les plus reculés du monde et qu'elle est, malgrès ce qu'on en pense dans nos régions sur-achalandées et sur-alimentées, un excellent apport nutritionnel pour les enfants victimes de carence alimentaire.
Je vous assure que depuis ... je ne la boude plus et je la regarde différement .
Quelle prise de conscience ...
Chaque fois que je fais mes courses en grandes surfaces et bien ... la coquine, elle me fait un joli clin d'oeil !
" Oussoumane ? Sa boite est ronde pour mieux rouler jusqu'à toi ! " Car il faut « rouler » pour bien comprendre les choses January 11 Petit Moussa
J'ai très chaud ... J'ai marché comme tous les matins , quelques kilomètres qui me semblent de moins en moins longs, il est vrai ...
Parce que je m'habitue à faire avec mes gambettes plutôt qu'avec les pneus d'une voiture ... depuis que je suis ici.
Parce que je n'ai pas le choix aussi ...
Et puis le paysage est tellement beau ... C'est un régal ! Et au hasard des sentiers , je fais de jolies rencontres, surtout le matin de bonne heure.
Je travaille depuis quelques jours au dispensaire de santé d'un petit village de brousse, en Casamance, au Sénégal.
" Safoul ... Kassoumaye ..."
Je salue tout le monde et je retrouve ces visages souriants qui me deviennent si familiers ...
Ma blouse enfilée à la hâte sur mon pagne et déjà je m'inquiète de la présence de ce petit garçon assis et qui me regarde avec de si grands yeux ... Ibrahima , l'infirmier m'explique qu'il est arrivé à pieds d'un village voisin, accompagné de sa mère qui me parait bien occupée avec son petit dernier qu'elle allaite.
" Ibrahima ? Combien de kilomètres le village ? "
" 4 kms environ ... "
Il est haut comme trois calebasses ce vaillant " guerrier de la savane " ... J'enchaine :
" Et il a quel âge ? "
" Environ 5 ans ... "
Je m'approche de lui ...
" Karécibou ? " Il parait étonné que je m'adresse à lui dans son dialecte pour lui demander son nom.
" Moussa ..." Si timidement répondu ...
" Warié ? " ( tu es malade ? )
Il fait signe que oui et me montre sa tête.
" Foukof ? Warié foukof ? " ( Tu as mal à la tête ? )
Il me parait épuisé. Je m'agenouille devant lui et le regarde dans les yeux ... intensément. Il a les yeux qui brillent ... Je lui tâte le front. Il est brûlant. Je prends le thermomètre et lui pose délicatement sous le bras ... Au bout de quelques secondes : 40,6 ° !!!
C'est une erreur ! Pas possible ...
Il n'a pas parcouru toute cette distance avec autant de fièvre ... Pas possible.
Avait il le choix ? Non de toute façon ... Aucun véhicule à des kilomètres à la ronde.
Aucune lamentation, aucun soupir, aucun pleur ... si ce n'est cette grande fatigue lisible dans le fond de ses yeux. Après quelques questions à la maman, le dignostic est posé.
Vite ... Il faut agir vite.
Le paludisme fait des ravages chez les jeunes enfants. Je prends sur moi pour ne pas montrer mon inquiétude. Ce flot d'émotions qui me bouleversent à chaque fois que je suis confrontée à ce genre de situations.
Puis doucement , je le prends par la main :
" Djoï, Moussa, Djoï ... " (viens avec moi )
Il est le quatrième enfant de la famille à faire une crise de palu ce mois ci ... et je crains que la facture de médicaments cette fois ci ne soit pas présentable ... Une perfusion d'urgence revient à 1800cfa (2,74 Euros ) quand on sait que le papa gagne avec difficulté 10000CFA (15 Euros ) par mois ... Je fais signe de laisser tomber les formalités pécunières ... Il faut payer avant d'avoir les soins ... Aminata a t elle suffisament d'argent dans les replis de sa ceinture de pagne ? Discrètement je sors un billet de ma poche pour mettre fin à tout ceci car j'ai la nette impression que ça va palabrer encore quelques instants, comme à chaque fois, et pendant ce temps Moussa s'épuise sur sa chaise ...
" Djoi, Moussa ..." Il me suit . Je l'installe sur le lit dans la salle de soin et prépare le matériel ... Je le sens tout tendu, inquiet. Il regarde curieusement tout ce que je fais.
" Ndiak moukouli ? " (tu as peur ? ) Il ne me répond pas mais me regarde avec insistance ...
" Bébaram moumelam Moussa ..." (Il faut que tu boives de l'eau Moussa ... )
" Léti boukeni Moussa " (Je ne vais pas te faire de mal )
Moussa sera remis sur pieds ... en fin de journée. Pour repartir plus vaillant encore sur les chemins de la brousse ... Il aura , demain, beaucoup de choses à raconter à ses copains du village ... Il n'a pas pleuré lorsque l'épine d'acier lui a mordu le bras ! Il a juste serré ses petits poings, en silence. Car, on ne pleure pas chez les Diolas ... même quand on est haut comme trois calebasses.
Au Sénégal, il n'y a pas de système de sécurité sociale .
Tous les soins , médicaments, analyses , sont payants ...
La vie d'un enfant dépend parfois de 2,74 euros ...
Tellement moins que trois hauteurs de Calebasses !!!
J'en suis encore bouleversée .
******* December 06 Chemin de rencontres" Safoul ..."
" Kasoumaye ...? "
" Soumaye Kep ..."
" Katcimbé ? "
" Kokoubo ..."
" Karécibou ? "
" MamaDabo .... Atou ?"
" Mamdiarra .."
" Edjao bourok ..."
" A Katoral ..."
" Yooooo ...."
" Le racisme et la haine ne sont pas inclus dans les pêchés capitaux,
ce sont pourtant les pires "
Jacques Prévert, octobre 1976.
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